Mieux comprendre la langue des signes

Tout savoir sur le langage des signe
Apprendre la langue des signes permet à de nombreux malentendants de pouvoir communiquer avec le monde extérieur.

Que vous soyez directement concerné avec un membre de votre famille ou un ami souffrant de surdité, ou que vous ayez simplement une curiosité pour la langue des signes, il y a beaucoup à découvrir sur ce moyen de communication hors norme.

L’équipe d’Audialy.com vous a concocté un dossier complet qui vous permettra de mieux appréhender le sujet et d’en avoir les principales clés de compréhension.

Qu’est-ce que la langue des signes ?

Comme son nom l’indique, c’est une langue, à part entière, qui permet d’exprimer absolument tout ce qu’on souhaite, sans utiliser sa voix et en recourant à une logique uniquement visuelle. Pour parler la langue des signes, on utilise :

  • Les mains
  • Les bras
  • Les yeux
  • Le regard
  • La bouche
  • Les épaules
  • L’espace autour de soi

Cette langue a sa propre syntaxe et grammaire qui diffère du français : pour ne prendre qu’un exemple, l’ordre des mots n’est pas le même.

Les mains, mais pas que…

Les mains sont essentielles. Leur position, leur orientation, leur configuration, leur mouvement, tous ces éléments jouent un rôle pour la scène de théâtre qui se joue sous vos yeux.

Elles permettent notamment de représenter un alphabet manuel, qu’on appelle dactylologie, pour énoncer toutes les consonnes, afin de pouvoir épeler certains mots.

La disposition des mains est essentielle :

  • Sa configuration : il en existe 60 utilisant une main qui bouge, deux mains qui bougent en symétrie, une main dominante, une main immobile…
  • Leur emplacement : on utilise une quinzaine d’endroits sur le corps (bouche, estomac…) et trois principaux dans l’espace qui nous entoure.

Le regard permet de situer le discours dans le temps (passé, futur), et de donner sens à la relation (action passive ou active par exemple).

Le visage et les épaules apportent de la nuance au discours, similaire à ce qu’une intonation de voix ferait. Comme un entendant d’ailleurs, qui utilise aussi beaucoup les expressions du visage pour qualifier et préciser son intention, au delà de son intonation de voix.

Ou encore, cela pourrait être comparé aux émoticônes qui envahissent nos SMS afin de contextualiser nos propos et de limiter les mauvaises interprétations.

La langue des signe : un millénaire d’histoire

déchiffreur de la langue des signes
L’abbé de l’Epée est le premier à structurer l’apprentissage de la langue des signes. Il créera la première école pour sourds dans le monde.

L’origine de la langue des signes n’a pas été retrouvée mais on a des preuves qu’elle était déjà utilisée dans l’Antiquité :

  • Egypte Antique
  • Grèce Ancienne
  • Epoque romaine (Platon en parle dans ses écrits)

Et cela semble logique : les personnes sourdes ont, de tous temps, eu besoin de communiquer, et ont développé leur propre langage pour le faire.

Sa codification, et donc le fait que les entendants puissent aussi l’utiliser, a été réalisée beaucoup plus tard.

Elle est le résultat du travail de l’abbé de l’Epée au 18ème siècle, qui est le premier à créer un code et à fonder une école pour les personnes sourdes à Paris. Cette école servira de modèle pour d’autres pays européens et outre-Atlantique.

La langue des signes sera tolérée pendant des siècles mais ne verra sa reconnaissance officielle en France qu’en 2005.

Langage ou langue des signes ?

Soyons précis sur les termes utilisés. Il est communément accepté d’utiliser la locution langage des signes pour décrire les signes pratiqués, parfois inconsciemment, par chacun d’entre nous. Par exemple faire :

  • Un signe de la main pour dire bonjour ou au-revoir
  • Un clin d’œil pour signifier une connivence
  • Une moue de la bouche pour circonstancier un argument
  • Des applaudissements pour féliciter
  • Certains signes involontaires du visage qui peuvent trahir des pensées

A l’inverse, la langue des signes est une véritable langue, avec son vocabulaire, sa grammaire, sa propre syntaxe, comme l’allemand, le français ou l’anglais. Elle est utilisée par les personnes sourdes pour communiquer entre elles, aussi précisément qu’on peut le faire avec une langue parlée.

En France, on l’appelle la LSF, Langue des Signes Française.

Comment communiquer avec une personne sourde ?

Les personnes vivant avec un enfant sourd ont généralement le choix entre deux stratégies pour apprendre à leur enfant à communiquer, souvent complémentaires l’une de l’autre :

  • L’utilisation de la langue des signes
  • Le développement de la langue parlée

Une approche audiophonatoire

les implant pour enfants malentendants
L’utilisation d’implant auditif permet aux enfant de pouvoir apprendre le langage oral, en complément de la langue des signes

Le choix des parents peut être d’apprendre d’abord la langue parlée à l’enfant. Dans ce cas, il sera important de faire appareiller l’enfant le plus tôt possible, avec des prothèses auditives ou des implants cochléaires, et de l’accompagner d’une rééducation orthophoniste.

Une approche visuo-gestuelle

Dans ce cas, les parents ont choisi de privilégier l’apprentissage de la langue des signes, par eux et par leur enfant. Ce choix a des implications différentes sur la scolarité de l’enfant notamment, ainsi que dans sa relation aux autres.

Il reste donc essentiel de toujours l’accompagner, chaque fois que c’est possible, par l’apprentissage de la langue parlée.

Qu’est-ce que c’est que la langue française parlée complétée ?

Elle permet d’apporter une meilleure compréhension aux personnes qui lisent sur les lèvres. En effet, certains mots peuvent avoir le même son lu sur les lèvres.

Par exemple, mettez-vous devant un miroir et prononcez « je t’aime » et « gendarme ». Sans doute remarquerez-vous que le mouvement des lèvres est identique.

Cette langue parlée complétée permet donc de favoriser la compréhension en associant des mouvements de la main à la parole. On les appelle des clés : 5 positions de la main, à des hauteurs différentes du visage pour former les voyelles et 8 configurations de la main pour former les consonnes.

Elle présente l’énorme avantage de pouvoir être apprise en quelques jours et maîtrisée rapidement si on s’entraîne quotidiennement. Mais encore faut-il que votre interlocuteur soit capable de lire sur les lèvres.

Si vous voulez en savoir davantage, vous pouvez commencer par visionner ce document qui reprend les questions que vous vous posez certainement :

Quelques chiffres pour mieux comprendre le monde de le surdité

L’Organisation Mondiale de la Santé estime le nombre de malentendants sévères à 360 millions de personnes.

En France, la dernière étude menée par  l’organisme Handicap Santé évalue à 180 000 le nombre de personnes complètement sourdes, mais à 10 millions le nombre de français touchés par des problèmes plus ou moins importants d’audition. 80000 malentendants utiliseraient la langue des signes pour communiquer.

Une ou des langues des signes ?

Les positions de la main pour parler la langue des signes
La configuration des mains permet de réciter toutes les consonnes. Leur position par rapport au visage donne la clé pour les voyelles; L’ensemble forme un « son » lisible par le malentendant

Il n’existe pas une langue des signes; ce n’est pas une langue universelle comme l’espéranto. Il existe de multiples langues des signes, des centaines, différentes selon les pays, et même parfois entre les régions.

La plupart d’entre elles ne sont pas reconnues légalement. En France, nous avons vu que cela date de 2005.

Si ces langues, comme les langues parlées, sont différentes, les signeurs (personnes qui s’expriment en langage des signes) auront cependant plus de facilités à communiquer avec des sourds d’autres nationalités, que des entendants entre eux. La grammaire reste en effet sensiblement la même.

Le langage des signes, pas que pour les sourds

De tous temps, le langage visuel a été utilisé dans de nombreuses circonstances :

  • Dans certains sports, comme pour la plongée sous-marine, ils sont codifiés et indispensables
  • Les moines ayant fait vœu de silence y recourent pour certains besoins quotidiens
  • En musique, le chef d’orchestre peut donner de multiples messages par sa seule utilisation de la baguette, du visage et des mains
  • Des personnes de langue différente arriveront à se comprendre, même sur des sujets complexes, en utilisant des signes partagés mondialement. Avec parfois des risques d’interprétation, un même signe pouvant avoir une signification différente d’un pays à l’autre
  • Un langage secret : Même vous, enfant, vous aviez peut-être inventé quelques gestes secrets avec votre frère pour pouvoir échanger sans que vos parents comprennent

Le langage des signes pour bébé

Même si votre bébé ne souffre d’aucun déficit auditif, il peut être intéressant de communiquer avec lui par la langue des signes, en attendant qu’il puisse utiliser le langage oral.

De nombreuses études ont en effet démontré que cette pratique favorisait la communication entre l’enfant et les adultes qui l’entourent. Un enfant ne pourra se faire comprendre avec des mots que vers l’âge de 18 mois. Dans l’intervalle, les frustrations devant l’incompréhension des adultes ne sont pas rares. Avec ces quelques gestes, bébé arrive à se faire comprendre sans s’énerver.

Dans ce reportage de la Maison des Maternelles, vous pourrez découvrir comment cette méthode est aujourd’hui mise en place dans de plus en plus de crèches :

Comment s’y prendre concrètement ?

Facile à pratiquer au quotidien, il vous suffit d’utiliser chaque jour quelques mots basiques de la langue des signes et votre bébé finira par les reconnaître puis par les utiliser.

Sans vous en rendre compte, vous en utilisez d’ailleurs déjà certains ! Comme « chut », « regarde », ou tout simplement « non » et « au-revoir ».

Dès ses 6 mois, votre bébé est capable de comprendre, si vous  pratiquez régulièrement et toujours accompagné du mot correspondant à l’oral. Faites-le toujours avec plaisir, et ne le voyez pas comme une contrainte, au risque que cela ne fonctionne pas.

Vous pouvez privilégier certains moments clé, comme le repas, le bain, la lecture su soir ou pendant les séances de jeu pour introduire tous les mots signés que vous connaissez. Les chansons aident aussi à faire comprendre à l’enfant.

Un jour, votre petit vous fera son premier geste, pour vous demander à boire, à manger ou à lui changer sa couche. Effet garanti chez vous, comme chez lui, de voir que vous vous êtes compris si facilement. En lui donnant la possibilité d’exprimer ses envies, ses émotions, ses peurs même, vous accompagnez votre petit vers plus de confiance et d’autonomie.

Et pas d’inquiétudes: il a été prouvé que cela n’a pas d’impact sur l’acquisition du langage oral. Au contraire même, car ce sont les mêmes zones du cerveau qui sont activées par ces deux apprentissages. Au fur et à mesure que la langue orale progressera, l’enfant abandonnera naturellement ses signes.

Apprendre la langue des signes

Vous trouverez de nombreux tutoriels sur internet pour vous familiariser avec les premiers signes, applications ou des livres, mais pour atteindre un niveau vous permettant de soutenir une conversation, il faudra suivre des cours et avoir beaucoup de persévérance pour la mémoire (comme dans les autres langues) et la coordination des gestes (et c’est la la difficulté principale).

Renseignez-vous dans des organismes pour une formation en langue des signes, cet apprentissage est maintenant devenu accessible à tous.

Formation langue des signes
Plusieurs centre spécialisés offrent des formations en langue des signes aux entendants et malentendants

Et quelques conseils pour progresser plus rapidement et de ne pas avoir trop « d’accent » :

  • Utiliser les expressions faciales sans gêne et en exagérant. C’est ce qui donne du caractère à votre discours.
  • Pratiquez l’alphabet digital régulièrement. Il est la base d’une conversation fluide.
  • Mettez dans des situations réelles qui facilitent l’apprentissage
  • Renseignez-vous dès le départ si votre formation est certifiante. En effet, si vous voulez l’utiliser professionnellement, vous aurez besoin d’une qualification reconnue.

Conclusion

On dit parfois de cette langue, qui se parle avec les doigts et s’écoute avec les yeux, qu’elle est d’une richesse incroyable.

Il est peut-être temps de vous lancer dans son apprentissage !

Mieux comprendre la langue des signes
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Auteur(s) de l'article
Anais Gibert
Anais Gibert
Rédactrice spécialisée dans les secteurs de la santé et du bien être, Anaïs est également experte en communication digitale.
Sa Mission pour Audialy ? Aider à améliorer la santé auditive de nos lecteurs en rendant l'information compréhensible et accessible à tous !
Sources
Geneviève Le Corre. La langue des signes française (LSF). Enfance 2007/3 (Vol. 59). [en ligne] <https://www.cairn.info/revue-enfance1-2007-3-page-228.htm> Consulté le 18 mars 2019. Centre National d’Information sur la Surdité. Qu’est-ce que la langue des signes française ? [en ligne] <http://www.surdi.info/langue-des-signes-francaise-lsf/langue-des-signes-francaise/> Consulté le 18 mars 2019. Association du Québec pour Enfants avec Problèmes Auditifs. Langue des signes : un choix rempli d’enjeux. [en ligne] <https://www.aqepa.org/langue-des-signes-un-choix-rempli-denjeux/> Consulté le 18 mars 2019.